coq de haute-cour

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lundi 13 février 2012

LA GOUVERNANCE ET SES OUTILS : LE DEBAT PUBLIC

La Loi du 12 juillet 2010 dit loi du Grenelle II et les propositions relatives au débat public témoignent d’une évolution raisonnée du dispositif de concertation démocratique au service du citoyen. Cette nouvelle étape permet de penser que les Assemblées ont admis la valeur ajoutée du débat public. Si,  Il est exact que les règles politiques au fil de l’évolution de nos sociétés trouvent leur équilibre et paraissent durables ; le débat public s’avère complémentaire de notre mode contemporain de gouvernance, et n’entame en rien la valeur et la légitimité de nos institutions et de leurs représentants.

La Commission Nationale du débat public, autorité administrative indépendante, a confirmé par ses premières années d’existence une propension à élever les sujets qui lui ont été soumis. Si, les procédures commencent à être connues et pratiquées : concertations, débats publics. Un niveau supplémentaire pour les débats publics sur les  enjeux de société se présente. Cette nécessité se trouve confrontée à un scepticisme sur les conditions objectives du déroulement de ces futurs débats publics. Il existe déjà et rejaillit sur les débats publics au plus prés des préoccupations citoyennes. La CNDP a évité l’écueil, grâce à son mode de gestion et à la qualité des membres des commissions particulières et permet, généralement,  d’atténuer cette tendance en fin de débat. Toutefois, tous les débats publics n’arrivent pas à ce résultat et le projet peut en être atteint, dans les conclusions contenues dans le bilan de La CNDP, mais aussi dans la réponse du maître d’ouvrage.

Pour une efficacité complète, il est souhaitable que l’ensemble de la nation soit concerné, et pas uniquement les groupes de pression et les lobbies. Un effort d’information auprès des citoyens, des associations, des élus ou des futurs maîtres d’ouvrage est plus que nécessaire. Parallèlement, la CNDP doit voir son statut et son domaine d’intervention confortés pour assumer les objectifs de transparence, d’accessibilité, et le caractère contradictoire.

L’information, base de l’échange démocratique

Tout d’abord, sur les outils du débat public. La CNDP doit pouvoir promouvoir des sessions de sensibilisation et de formations.  Au-delà de la méconnaissance du mécanisme en lui-même, certains comportements en réunions publiques démontrent une attitude bien naturelle d’élu du peuple qui impressionne le citoyen peu habitué au droit à la parole : intervention longue, répétée, dialogue avec la salle plus qu’avec le maître d’ouvrage.

Le citoyen doit pouvoir connaitre ce dispositif de concertation, une relation plus étroite avec les services déconcentrés du médiateur ou les CESER pourrait voir le jour, pour démultiplier la diffusion de l’information. La réforme de l’organisation territoriale va augmenter le nombre de projets soumis par des collectivités à la CNDP.

Parallèlement, la CNDP devra veiller à réaliser les réunions publiques en fonction de la disponibilité des citoyens, ne pas hésiter à ré-inventer des réunions publiques plus adaptées à des contextes locaux.

Le maître d’ouvrage,  lui-même, a du mal à trouver sa place dans le débat public, dés, le démarrage de l’opération avec la constitution de l’appel d’offres, la réalisation du document public et même dans sa position lors des réunions publiques. Si certains ont une expérience certaine comme RFF, ou Vinci Autoroutes et développe des stratégies pragmatiques d’accompagnement du débat public,  d’autres découvrent le dispositif. C’est un travail d’accompagnement et d’encadrement  qui demandent un savoir-faire, aujourd’hui, maîtrisé par la CNDP, mais qui devra s’étoffer en termes techniques, financiers et de spécialistes avec l’accélération de la gouvernance environnementale.

Il serait opportun de construire des passerelles avec le centre national de formation des personnels territoriaux qui a une responsabilité dans la diffusion de l’information, ainsi que les réseaux universitaires et leurs centres de recherche, en liaison avec le fonds documentaire existant à la CNDP.

Ensuite, L’information passe par une phase préalable d’explications sur le projet présenté. Un des cas les plus significatifs a été le débat public sur les nanotechnologies où le citoyen s’est retrouvé dans une position d’incompréhension là où il aurait du être en position de questionner. Les réunions publiques furent scientifiques et réservées à un auditoire spécialisé. L’information, ce sont des moyens de communication, mais ces moyens doivent être bien définis, encadrés, structurés pour éviter des dérapages techniques et ne pas perturber les résultats dans le cadre de commentaires, de contributions,… la dimension du réseau internet, son extension au plus grand nombre et la montée en puissance des réseaux sociaux incitent à la prudence mais dans une attitude, donc, dynamique en inventant des procédures sécurisées et officielles, apte à développer une démocratie communicationnelle.

Dans son article 246, la Loi du Grenelle II,  précise que : «  Le maître d'ouvrage ou la personne publique responsable du projet peut demander à la commission de désigner un garant chargé de veiller à la mise en œuvre des modalités d'information et de participation du public. »                                                                                                                                           

C’est un point important, pour répondre aux citoyens, qui sont perplexes à la clôture du débat et qui après avoir participé  à des réunions publiques durant quatre mois de façon active sur des projets tels que la création de lignes à grande vitesse, d’autoroutes   se trouvent, à la fin, très dubitatifs sur les suites qui seront données.

C e garant doit aussi se comporter en représentant de la CNDP et veiller à respecter les exigences et les règles du débat public. Cette étape  permettra de compléter une procédure d’information limitée et s’articuler avec les procédures classiques de réalisation des projets.

Le positionnement d’une autorité administrative indépendante

Un suivi encore plus strict s’impose et la CNDP doit pouvoir informer régulièrement des projets qui lui ont été soumis et des résultats comme la Cour des comptes. Un rapport annuel est déjà réalisé, mais il doit être actualisé au vue des modifications de la loi et prendre un caractère officiel annuel avec une présentation aux médias. Cette démarche permettrait de rassurer le citoyen sur la crédibilité de ce dispositif de démocratie participative.

La chaîne télévisée parlementaire a un rôle à jouer dans la diffusion de l’information. Chaque débat public pourrait faire l’objet d’un reportage ou d’un suivi, si celui-ci s’inscrit dans les enjeux de société.

La CNDP peut se voir attribuer un rôle d’interface officiel, d’arbitre, dans le cadre de projets sensibles et être chargé de missions d’exploration ou de négociation. Le cas du Grand Paris, fût, semble-t-il, très intéressant dans la mesure où deux sensibilités s’opposaient avec des actions parlementaires, et des conséquences sur l’information régulière du citoyen. Fort heureusement, les deux projets : Arc Express et Grand Paris lors des débats publics permirent de trouver un compromis. Une phase en amont, exploratoire, aurait sans doute évité une tension longue et complexe où le francilien a eu du mal à suivre et comprendre les arguments de chacun. Sans remettre en question les débats parlementaires indispensables, cette formule aurait pu rendre plus efficiente la progression du projet.

Un rapprochement doit être réalisé avec les institutions européennes pour permettre non seulement des échanges, mais faire progresser les institutions dans le domaine de la concertation, un représentant de la commission européenne pourrait être envisagé au sein de la commission.

La CNDP a, donc, un rôle à jouer important, et les conditions de sa neutralité doivent être encore renforcées. L’ouverture de la commission nationale à d’autres représentants de la société française est actée. Leurs responsabilités s’appuient sur une haute conscience de leur travail en dehors de toute considération partisane. La méthode de travail collégiale doit être consolidée. Le choix de ses membres doit être rigoureux et  associé à une prestation de serment.  La souplesse de sa gestion et une organisation simple doivent rester des objectifs pour la CNDP.

La création de commission particulière avec la nomination d’un président et de membres pour la seule durée du débat public est un gage de neutralité. Un président de commission particulière précise à chaque réunion les principes qui régissent cette neutralité. Il serait souhaitable que cela  puisse s’effacer au profit d’une responsabilité  plus forte du dialogue entre les maîtres d’ouvrage et les citoyens. Certainement, le temps jouera son effet positif.

L’organisation des débats publics met en évidence un rôle très actif des collectivités locales concernées. Leur participation aux réunions publiques se double de pétition, pouvant diminuer la part d’engagement des citoyens dans l’exercice de démocratie participative. Elle pourrait avoir une conséquence sur Le taux de participation du citoyen aux réunions publiques. Ce glissement doit être regardé avec attention et peut-être faire l’objet de limitations.

Une audition annuelle par le parlement et le CESE serait opportune, apporterait une information   aux décideurs et permettrait un dialogue. Cet objectif est indissociable d’un vote d’un budget dédié à la CNDP destiné à informer la population, pour éviter des interférences entre le sujet proposé au titre des enjeux de société, le maître d’ouvrage et le citoyen, organiser la commission nationale et  répondre à des sollicitations de missions, d’expertises…

Dans son rapport public sur l’administration délibérative  le Conseil d’état précise que : « plus la concertation est précoce, plus elle est utile ». Dans ce sens, un droit d’opportunité pourrait être accordé à la CNDP lui permettant de prévenir officiellement les maîtres d’ouvrage déclarés de l’approche du temps de la concertation  « Ce qui est déterminant, c’est le moment de la consultation : plus le moment est précoce, plus c’est utile. Plus le moment est tardif, plus la consultation est formelle » suivant les propos de Jacky Richard rapporteur général de la section du rapport et des études.

C’est une donnée fondamentale, le bon temps de la concertation est l’objectif à atteindre : le citoyen est prêt et informé, le maître d’ouvrage possède son dossier, le débat public peut commencer et apporter sa contribution à des projets utiles.

Quelques réflexions…………


mercredi 19 octobre 2011

ARBRE-SYMBOLE

Discours

…  Quelques mots pour la route, après un passage en préfecture.


Un an, c’est un instant, juste un peu plus long qu’une gestation. Juste un peu plus court qu’une mutation.

Toutefois, on a le temps de construire les fondations, même si on ne voit apparaître que certains éléments d’architecture. On a  en tête  l’image de la construction future, et cette image est la satisfaction de celui qui part. Une satisfaction simple d’avoir apporté sa pierre à l’édifice.

Il peut pleuvoir, neiger ou tempêter, il restera toujours la trace d’un travail d’équipe.

L’effort est donc collectif, mais la décision est solitaire. La solitude c’est ce qui sépare à jamais le leader, du groupe. Le reste ? c’est une affaire de bons sens et de respect des autres



Après avoir réfléchi ensemble, partagées les questions, comparés les avis et examinés les brouillons, la prise de décision appartient à l’individu chargé de décider.



 Cette obligation se traduit souvent par une pratique du « je » trop envahissante et s’avère, quelquefois, pesante pour le groupe et la communauté administrative à laquelle on appartient.



Pourtant, dans des circonstances de départ, il peut être nécessaire de l’employer pour bien marquer les esprits et confirmer que les décisions qui ont été prises s’appuient sur une logique certes personnelle mais synthétique et réfléchie.

Le « je » va permettre de personnaliser naturellement, et de prendre du recul sur les choses et clore cette expérience.

- * J’ai toujours été sensible à la qualité des relations. Sans être un exubérant dans mes relations professionnelles, j’ai toujours essayé de faire profiter les personnes avec qui je travaillais de ma ligne de conduite dans le privé.

Fondée sur le respect de l’autre et l’écoute, elle s’est traduite par une manière de travailler où se côtoyaient travail et convivialité.
Cette atmosphère, qui est, quoiqu’on en dise, de la responsabilité du cadre, ne m’a jamais détourné des objectifs que je me suis fixé, même si quelques uns relevaient d’une forte tenacité, et sourde peut-être à des commentaires de collaborateurs avisés.

- * J’ai toujours porté une attention particulière à l’encadrement, et je persiste à croire qu’il est plus difficile de convaincre ses collaborateurs des stratégies qui ont été arrêtées dans le domaine public, que dans le domaine privé où la sanction du marché est un élément de gestion.



Le hasard des responsabilités m’a porté à travailler dans le service public et je remercie le hasard, il m’a été donné de voir et de travailler avec beaucoup de gens conscients de leur rôle dans l’administration plus que l’homme de la rue peut le penser. La noblesse de servir l’Etat n’a pas disparu, au contraire.

Il ne m’a pas été possible de tomber tout petit dans la « marmite » des parcours initiatiques des concours d’entrée dans la fonction publique, pourtant le chemin emprunté m’a convaincu  sûrement d’une manière de servir tout aussi valable en restant dans une catégorie qui n’existe pas.

Ma dernière expérience ne me fera pas changer d’avis. Confronté dés le début à des interrogations sur l’avenir de ma responsabilité, j’ai découvert une administration convaincue de ma bonne volonté, m’inscrivant dans sa société jusqu’au jugement  officiel.

Tous m’ont accordé ce bénéfice qui a permis un fonctionnement du service.

      - * Je me suis toujours considéré comme un homme libre, ne tombant jamais dans le relationnel de circonstances ou d’intérêt. Cette caractéristique a ses bons côtés mais aussi ses inconvénients. Je n’ai  à opposer à cet événement qu’une volonté affirmée de ne pas en vouloir à mon prochain, en restant en retrait,  et de persister dans une position urbaine que je cultive.

Dans le cas considéré, des interventions auraient pu permettre des avancées, mais auraient-elles changé les choses ?  je ne le crois pas, et j’y aurai laissé une partie de moi.



La culture de l’autre est fondamentale, elle doit être vécue comme un échange sans sous-entendu. L’une des meilleures manières de se conformer à ce principe est de toujours se trouver en position de transmettre.

      C’est une des grandes leçons de la vie, de ma vie si cela n’est pas trop immodeste.

      - * J’aime toutefois le travail sous forme de projet,  convaincre l’équipe des objectifs et des buts à atteindre.

Ici, la prise de fonction, après des inconnues sur la pérennité du service, a soudé les membres et  fait naître la conviction sur des jours meilleurs avec un travail ordonné et soutenu.

La qualité des personnes a été le meilleur ferment. Le niveau élevé de la conscience des tâches à accomplir  a été pour beaucoup dans la réussite de l’année écoulée et le responsable n’a pas eu à sortir de grandes théories sur l’efficacité administrative ce qui aurait été un comble pour un homme sorti d’ailleurs.

Voilà le point est fait, le « je » peut retourner à sa vie individuelle et laisser libre court au souvenir d’une expérience qui a été positive.

………La route reprend avec d’autres lieux, d’autres hommes et femmes

dimanche 9 octobre 2011

c'était un traiteur d'affaires dans le bas-languedoc de la XIXéme siécle, il fut mécéne

MER-VEILLE





Un bruit renouvelé attire le passant

Soudain, au coin, d’une lune au levant.



Un linceul blanc chasse les mouettes

Qui têtues, reviennent pour des miettes

Echouées, péle-mêles sur un sable d’or

En un long chapelet de petits corps.



Le jupon blanc liquide scande l’espace

Sans pouvoir laisser de sa venue la trace

Au loin, les crêtes annoncent l’éternité

Où l’horizon lui trace sa virginité



L’eau mêlée accorde au bruit, une force

Qui use une terre qui bombe le torse

Ses rochers épars gardent seuls la côte

Et s’essaient à briser cet élan sans faute.



Un soleil brisé clos cet acte touchant

Soudain, au coin, d’une dune au couchant


un homme du XVIIIéme siécle, un homme de transition

GUILLAUME-THOMAS RAYNAL, ENCYCLOPEDISTE ET FRANC-MACON ?

Guillaume-Thomas RAYNAL est né le 12 avril 1713, en Aveyron, à la Panouse de Séverac. Cette commune est située, prés de Séverac-le-château, à une vingtaine de kilomètres au Sud de Saint - Geniez  d‘Olt, dont  la famille RAYNAL est originaire.  Après des études chez les Jésuites, il est ordonné prêtre en 1743.

Il « monte » rapidement à Paris, et grâce à des liens familiaux et à un réseau d’amis, il peut approcher la Cour et servir des hommes tels que Choiseul, secrétaire d’Etat aux affaires étrangères de Louis XV. Il écrit des ouvrages de commande, où déjà apparaissent ses qualités pour le rassemblement des pensées et la  synthèse des idées. Il est nommé directeur du Mercure de France, la référence littéraire des intellectuels français de l’époque.

L’Abbé Raynal est un des hommes qui marquent le XVIIIème siècle, à la fois celui d’une société qui est face à son destin révolutionnaire, mais aussi représentatif du siècle des  Lumières. L’ouverture au monde est une donnée permanente chez lui ; il perçoit la dimension des grands espaces colonialistes, leurs potentialités et leurs méfaits. Il reconnaît, chez ses contemporains, une soif de découverte, avec les grands explorateurs à la découverte d’un monde où semble exister l’homme naturel en accord avec son environnement, et propose des pistes.

Il a, semble-t-il, un devoir face à ces mutations. Il veut en témoigner, certes pour exister, pour être utile et en vivre,  mais pour en concevoir une forme de sacerdoce, lui qui sera toujours en conflit avec sa hiérarchie religieuse.

De cette position enviée à la tête du Mercure de France, il peut promouvoir ses qualités et se donner la dimension d’entreprendre l’écriture d’un ouvrage puissant. Pour réussir, il démontre la nécessité de déployer un sens de la communication, qui, par certains côtés, s’assimile au métier de journaliste d’investigation de notre société contemporaine.

Son ouvrage « L’histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes » connait, dés sa parution en 1770, un fort engouement. Sa publication apporte à Raynal une renommée européenne et une popularité dans les milieux américains.

C’est un véritable dictionnaire de l’état colonial et commercial du monde, qui est proposé. Il réalise ce document en collaboration, notamment avec Diderot, et accomplit un travail d’assemblage, auquel on lui reprochera de la confusion, de l’éparpillement, voire des erreurs...

Le livre est interdit par un arrêt du conseil le 19 décembre 1772. En 1774, sa seconde édition subit le même sort sous forme d’un avis de l’assemblée du clergé en 1775. La troisième édition (imprimée à Genève) est condamnée à être brûlée par le Parlement de Paris le 25 mai 1781. Il doit fuir à l’étranger, d’abord en Belgique, puis en Prusse, où Frédéric lui accorde sa protection et une promotion pour son ouvrage. Il devient, grâce à l‘ostracisme des institutions françaises, une véritable victime de l’intolérance. Il symbolise alors « l’époque des Lumières », ce qui semble aujourd’hui oublié au profit de penseurs plus historiquement corrects.

Mais le fait est là : ce livre sera une des bases de la pensée politique dans les décennies futures par son anticipation, son approche « globale » (1) et son regard sur l’évolution des sociétés.

Parmi les thèmes qu’il aborde, il est un des premiers à s’exprimer sur les libertés individuelles, l’idéal républicain et la lutte contre l’esclavage.

Son appartenance aux encyclopédistes est donc sans conteste. Il est un ardent défenseur des idées nouvelles et aura une influence sur le cours de la Révolution française. Il critique toutes les perversions d’une société arrivée à son terme : la monarchie, l’état de l’Eglise, mais aussi le colonialisme.

Cette défense de causes nobles et cette notoriété lui permettent de compenser les désagréments d’un exil, qu’il vit mal. Il  est  amélioré par des relais amicaux et familiaux,  qu’il peut trouver dans les pays traversés. C’est un des aspects les plus importants du personnage. Il sut, dés le début, s’appuyer sur des recommandations, des rencontres, des connaissances et des lettres d’introduction.

En effet, Guillaume-Thomas Raynal est apparenté avec toutes les grandes familles commerçantes de Saint- Geniez d’Olt. Cette ville est connue comme une des plus dynamiques du Rouergue.  Ses fabrications, cardes et toiles, sont connues et appréciées, non seulement en France mais aussi dans des pays comme l’Italie, où certains commerçants bien avisés ont même ouvert des succursales. Ces familles de marchands se sont enrichies ; certains membres de leurs familles se sont investis dans des charges militaires ou de justice. Elles créent ainsi de véritables réseaux d’affaires, qui ont des ramifications en Europe et aux Amériques, où sont connus la qualité de leurs tissus et leur prix compétitif.

Allié à ces familles, L’Abbé Raynal profite non seulement de leurs informations privilégiées politiques, économiques, sociales, pour la rédaction de son ouvrage, mais aussi perfectionne  sa connaissance d’un modèle politique en devenir. Cette tâche de longue haleine, lui permet de développer une expertise et de créer des relations durables avec des personnalités qui ont marqué la fin du XVIIIème siècle.

Son introduction dans les salons de la société parisienne, passionnés par les idées nouvelles et par l’affirmation de l’émergence exemplaire d’une nouvelle nation, les Etats-Unis d’Amérique, est pour lui un champ d’exploration et d’expression, en un mot un lieu de débat. Il a, à ce sujet, des échanges  «enflammés » avec Thomas Paine, qui lui reproche ses inexactitudes sur certaines données concernant l’Amérique et les Américains, mais aussi sur sa faune et sa flore. (2)

Il fréquente surtout les encyclopédistes, mais aussi ceux qui font l’épopée d’une France en plein changement : Gilbert du Motier, marquis de Lafayette, mais aussi Napoléon Bonaparte. L’un souhaitant tout savoir sur les Amériques, l’autre désirant connaître son sentiment  sur ses premiers écrits.

Il affiche, durant ces entretiens, une ouverture d’esprit, une attention et aussi une présence qui décuplent l’enthousiasme de ces interlocuteurs.

Cette position fraternelle ne peut manquer de suggérer une appartenance à la franc-maçonnerie.

Peu d’écrits existent. Il faut se contenter de quelques témoignages et des rapports avec des francs-maçons connus ou dévoilés.

St- Geniez d’Olt,  dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle,  a une loge : « Les vrais amis », à l’orient de Saint- Geniez- des- Rives- d’Olt.

Elle se réunit régulièrement, et compte parmi ses membres la plupart des familles dont dépend le sort industriel de la ville. Casimir de FAJOLE, parent de Raynal, négociant, mais aussi, et surtout,  Antoine-Casimir COURET, dit COURET fils ainé, négociant, qui sera l’exécuteur testamentaire de Raynal. Ce dernier est en 1790, le vénérable maître de cette loge.

C’est une loge active qui, malgré les événements révolutionnaires, initie encore des profanes à cette date.

D’autres membres illustres témoignent de l’importance économique de Saint- Geniez. Emile TEDENAT, mathématicien renommé, mais aussi HIGONNET, sont frères de la loge,

Pour ce dernier, il s’agit de Joseph HIGONNET, colonel dans les armées napoléoniennes,  qui mourut à Iéna en 1806 et dont le nom figure sur l’arc de triomphe, au titre de son courage exemplaire.

Un autre frère de cette loge porte le nom de  CHABOT.  Il pourrait s’agir de l’Abbé François CHABOT. Personnage connu dans le Rouergue comme vecteur des idées révolutionnaires, ces activités  néfastes se manifesteront à Rodez, mais aussi dans la région de la vallée du Lot, autour de Saint- Geniez, et laisse encore aujourd’hui des souvenirs terribles pour certaines familles.

« Au début de la Révolution, une loge maçonnique fait même son apparition, réunissant autour de François CHABOT, les principaux négociants de la ville, preuve de l’introduction du scepticisme religieux. » (3)

A n’en pas douter, RAYNAL baigne dans un milieu où franc-maçonnerie rime avec valeur des idées et remise en cause du système établi. On peut imaginer que Raynal a du visiter cette loge, qui comptait autant de frères appartenant à sa famille, et implantée dans une ville qu’il connaissait bien.  Il semble ne pas avoir été initié dans cet atelier.

Pourtant, c’est une première raison qui milite pour son appartenance. Elle s’appuie sur une sensibilité pour ces lieux de réflexion, dont RAYNAL ne se départira pas.

Quand il arrive à Paris, son réseau local de négociants lui permet rapidement d’être en contact avec le milieu bourgeois et une noblesse attentive aux idées que véhiculent les encyclopédistes.

Car, Saint- Geniez d’Olt est une ville connue pour son activité « industrieuse ». C’est une période économique de transition. Avant les grandes évolutions industrielles du XIXème siècle, les  villes qui produisent des textiles ont un rôle important et leurs édiles sont écoutés en province et à Paris. Rien d’étonnant à la présence de loges.    

RAYNAL, appuyé sur de telles recommandations, sera, selon toute vraisemblance, membre de la loge « Les neuf sœurs ».

Fondée en 1776, celle-ci a une influence particulière dans l’organisation du soutien français à la révolution américaine.

L’abbé y aurait eu un poste d’orateur. Il est vrai que malgré son parler « comme un abbé rouergat avec un accent de tous les diables », il sait apporter la contradiction et des sujets comme l’esclavage, mais aussi son éclectisme, font merveille et passionne l’auditoire. Il passe facilement d’une théorie économique, avec des positions pré-keynésiennes, « équilibre entre intervention de l’Etat et libre esprit d’entreprise » (4), à des descriptions ethnographiques, qui anticipent sur les théories anthropologiques du XXème siècle.

Dans cette loge, il a l’occasion de connaître Benjamin FRANKLIN, qui en sera vénérable maître. Ils ont ensemble des discussions animées sur la véracité des faits que rapporte RAYNAL dans son ouvrage.

Mais, dans tous les cas, et à n’en pas douter, l’abbé fut un promoteur efficace de la cause américaine.

Cette cause américaine semble être le fil conducteur entre RAYNAL et le marquis de LAFAYETTE.

Ce dernier entre à 18 ans en maçonnerie, et « il doit son éducation à RAYNAL, son véritable mentor, lui-même franc-maçon de la loge « les neuf sœurs » (5).

L’intérêt de LA FAYETTE pour cette cause des « insurgés », naît-elle après les commentaires de l’Abbé à travers son histoire philosophique ? C’est probable. On peut imaginer que cette opinion se renforça à travers des discussions maçonniques.

Toutefois, aucun écrit n’atteste véritablement un parrainage de RAYNAL, en tant que membre de la loge « les neuf sœurs ».

Cependant, leurs rencontres, à des tenues de  loges, semblent plus que probables, et malgré la différence d’âges, les commentaires de RAYNAL durent être utiles au marquis dans son aventure américaine.

C’est une seconde raison qui suggère son appartenance à la franc-maçonnerie.

A l’issue d’une vie bien remplie, cet encyclopédiste aurait dû voir dans la Révolution française, l’apogée de sa vie. Il n’en est rien. Encensé par les élus de l’Assemblée Nationale pour ses pamphlets sur la royauté,  mais, de retour à Paris en 1794, il les déçoit par une lettre qu’il leur adresse, les incitant à plus de modération dans leurs actions.

« ...j’ai parlé aux rois de leurs devoirs, souffrez qu’aujourd’hui je parle au peuple de ses erreurs... » 

Cette analyse est prise comme un signe de faiblesse. Il est rejeté et ne doit sa vie sauve que grâce à ses relations et un « âge avancé ».

Pourtant, son travail, et surtout sa promotion à travers l’Europe, fut une magnifique propagande pour les idées nouvelles. Bonaparte, officier militaire, de passage à Marseille, le rencontre pour lui  demander un soutien dans son projet d’écrire une histoire de la Corse. « Pendant la campagne d’Egypte, Bonaparte a, comme livre de chevet, l’ouvrage de RAYNAL. » (2)

Ces deux exemples confirment  qu’il a été un homme de son temps et que ses écrits ont eu un impact sur les futurs décideurs de son époque.

Ce dernier argument plaide pour une réhabilitation de sa pensée, et surtout, pour admettre par ce faisceau de présomptions, que l’Abbé RAYNAL a été franc-maçon.

Il a été, à double titre, d’abord par la fréquentation des ateliers, dont deux, sont à peu prés connus où sa parole fut entendue et sûrement, commentée ; ensuite,  par sa manière humaniste d’aborder les sujets de façon transparente dans les salons en France ou à l’étranger pendant ses périodes d’exil.    

Cette démarche, somme toute très moderne,  incite à s’en inspirer pour aborder les problèmes de nos sociétés.

Il n’hésitera pas, malgré la pression de sa hiérarchie ecclésiastique, à avoir un positionnement favorable au protestantisme, ou à défendre les intérêts de gens du peuple.

Cette verdeur d’esprit, il la garde jusqu’à la fin de sa vie, grâce à un « génie » du dialogue. Son élection comme membre de l’Institut national en 1795, sera une faible récompense de sa contribution.

L’abbé RAYNAL  a apporté une approche nouvelle de l’universalité. Il la doit, sans nul doute, à une origine de petite noblesse, qui très tôt s’est investie dans l’ « industrie », conscient d’une première forme de mondialisation, à une condition d’abbé où il avait mesuré les qualités et les excès d’une époque et à une pratique maçonnique.

Il décède le 6 mars 1796, à Passy, non sans avoir réparti son bien de son vivant...en bon aveyronnais



BIBLIOGRAPHIE



(1)Gilles BANCAREL

« Raynal ou le devoir de vérité »

Editions Honoré Champion

Paris 2004



Gilles BANCAREL

Guillaume-thomas RAYNAL, enfant du Rouergue

In Revue du Rouergue

N°49 Printemps 1997



(2)Claude FOHLEN

Conférence : « Raynal, Paine et la révolution américaine »

conférence américaine Georgetown

30 avril-2 mai 1989



(3) Claude PETIT

« Saint -Geniez d’Olt : du grand siècle au siècle des lumières »

In Revue du Rouergue

N°49 Printemps 1997



(4) Yves TERRADES

« Aspects idéologiques et philosophies du mythe des régimes dans l’histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes »

In Revue du Rouergue

N°49 Printemps 1997



(5) François HAGNERE

Site internet : rochefort-usa-friendship-blogspot .com



REFERENCE



Société d’études Guillaume-Thomas RAYNAL

1 rue Jacques et Gabriel AZAIS 34500 BEZIERS