coq de haute-cour

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dimanche 9 octobre 2011

un homme du XVIIIéme siécle, un homme de transition

GUILLAUME-THOMAS RAYNAL, ENCYCLOPEDISTE ET FRANC-MACON ?

Guillaume-Thomas RAYNAL est né le 12 avril 1713, en Aveyron, à la Panouse de Séverac. Cette commune est située, prés de Séverac-le-château, à une vingtaine de kilomètres au Sud de Saint - Geniez  d‘Olt, dont  la famille RAYNAL est originaire.  Après des études chez les Jésuites, il est ordonné prêtre en 1743.

Il « monte » rapidement à Paris, et grâce à des liens familiaux et à un réseau d’amis, il peut approcher la Cour et servir des hommes tels que Choiseul, secrétaire d’Etat aux affaires étrangères de Louis XV. Il écrit des ouvrages de commande, où déjà apparaissent ses qualités pour le rassemblement des pensées et la  synthèse des idées. Il est nommé directeur du Mercure de France, la référence littéraire des intellectuels français de l’époque.

L’Abbé Raynal est un des hommes qui marquent le XVIIIème siècle, à la fois celui d’une société qui est face à son destin révolutionnaire, mais aussi représentatif du siècle des  Lumières. L’ouverture au monde est une donnée permanente chez lui ; il perçoit la dimension des grands espaces colonialistes, leurs potentialités et leurs méfaits. Il reconnaît, chez ses contemporains, une soif de découverte, avec les grands explorateurs à la découverte d’un monde où semble exister l’homme naturel en accord avec son environnement, et propose des pistes.

Il a, semble-t-il, un devoir face à ces mutations. Il veut en témoigner, certes pour exister, pour être utile et en vivre,  mais pour en concevoir une forme de sacerdoce, lui qui sera toujours en conflit avec sa hiérarchie religieuse.

De cette position enviée à la tête du Mercure de France, il peut promouvoir ses qualités et se donner la dimension d’entreprendre l’écriture d’un ouvrage puissant. Pour réussir, il démontre la nécessité de déployer un sens de la communication, qui, par certains côtés, s’assimile au métier de journaliste d’investigation de notre société contemporaine.

Son ouvrage « L’histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes » connait, dés sa parution en 1770, un fort engouement. Sa publication apporte à Raynal une renommée européenne et une popularité dans les milieux américains.

C’est un véritable dictionnaire de l’état colonial et commercial du monde, qui est proposé. Il réalise ce document en collaboration, notamment avec Diderot, et accomplit un travail d’assemblage, auquel on lui reprochera de la confusion, de l’éparpillement, voire des erreurs...

Le livre est interdit par un arrêt du conseil le 19 décembre 1772. En 1774, sa seconde édition subit le même sort sous forme d’un avis de l’assemblée du clergé en 1775. La troisième édition (imprimée à Genève) est condamnée à être brûlée par le Parlement de Paris le 25 mai 1781. Il doit fuir à l’étranger, d’abord en Belgique, puis en Prusse, où Frédéric lui accorde sa protection et une promotion pour son ouvrage. Il devient, grâce à l‘ostracisme des institutions françaises, une véritable victime de l’intolérance. Il symbolise alors « l’époque des Lumières », ce qui semble aujourd’hui oublié au profit de penseurs plus historiquement corrects.

Mais le fait est là : ce livre sera une des bases de la pensée politique dans les décennies futures par son anticipation, son approche « globale » (1) et son regard sur l’évolution des sociétés.

Parmi les thèmes qu’il aborde, il est un des premiers à s’exprimer sur les libertés individuelles, l’idéal républicain et la lutte contre l’esclavage.

Son appartenance aux encyclopédistes est donc sans conteste. Il est un ardent défenseur des idées nouvelles et aura une influence sur le cours de la Révolution française. Il critique toutes les perversions d’une société arrivée à son terme : la monarchie, l’état de l’Eglise, mais aussi le colonialisme.

Cette défense de causes nobles et cette notoriété lui permettent de compenser les désagréments d’un exil, qu’il vit mal. Il  est  amélioré par des relais amicaux et familiaux,  qu’il peut trouver dans les pays traversés. C’est un des aspects les plus importants du personnage. Il sut, dés le début, s’appuyer sur des recommandations, des rencontres, des connaissances et des lettres d’introduction.

En effet, Guillaume-Thomas Raynal est apparenté avec toutes les grandes familles commerçantes de Saint- Geniez d’Olt. Cette ville est connue comme une des plus dynamiques du Rouergue.  Ses fabrications, cardes et toiles, sont connues et appréciées, non seulement en France mais aussi dans des pays comme l’Italie, où certains commerçants bien avisés ont même ouvert des succursales. Ces familles de marchands se sont enrichies ; certains membres de leurs familles se sont investis dans des charges militaires ou de justice. Elles créent ainsi de véritables réseaux d’affaires, qui ont des ramifications en Europe et aux Amériques, où sont connus la qualité de leurs tissus et leur prix compétitif.

Allié à ces familles, L’Abbé Raynal profite non seulement de leurs informations privilégiées politiques, économiques, sociales, pour la rédaction de son ouvrage, mais aussi perfectionne  sa connaissance d’un modèle politique en devenir. Cette tâche de longue haleine, lui permet de développer une expertise et de créer des relations durables avec des personnalités qui ont marqué la fin du XVIIIème siècle.

Son introduction dans les salons de la société parisienne, passionnés par les idées nouvelles et par l’affirmation de l’émergence exemplaire d’une nouvelle nation, les Etats-Unis d’Amérique, est pour lui un champ d’exploration et d’expression, en un mot un lieu de débat. Il a, à ce sujet, des échanges  «enflammés » avec Thomas Paine, qui lui reproche ses inexactitudes sur certaines données concernant l’Amérique et les Américains, mais aussi sur sa faune et sa flore. (2)

Il fréquente surtout les encyclopédistes, mais aussi ceux qui font l’épopée d’une France en plein changement : Gilbert du Motier, marquis de Lafayette, mais aussi Napoléon Bonaparte. L’un souhaitant tout savoir sur les Amériques, l’autre désirant connaître son sentiment  sur ses premiers écrits.

Il affiche, durant ces entretiens, une ouverture d’esprit, une attention et aussi une présence qui décuplent l’enthousiasme de ces interlocuteurs.

Cette position fraternelle ne peut manquer de suggérer une appartenance à la franc-maçonnerie.

Peu d’écrits existent. Il faut se contenter de quelques témoignages et des rapports avec des francs-maçons connus ou dévoilés.

St- Geniez d’Olt,  dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle,  a une loge : « Les vrais amis », à l’orient de Saint- Geniez- des- Rives- d’Olt.

Elle se réunit régulièrement, et compte parmi ses membres la plupart des familles dont dépend le sort industriel de la ville. Casimir de FAJOLE, parent de Raynal, négociant, mais aussi, et surtout,  Antoine-Casimir COURET, dit COURET fils ainé, négociant, qui sera l’exécuteur testamentaire de Raynal. Ce dernier est en 1790, le vénérable maître de cette loge.

C’est une loge active qui, malgré les événements révolutionnaires, initie encore des profanes à cette date.

D’autres membres illustres témoignent de l’importance économique de Saint- Geniez. Emile TEDENAT, mathématicien renommé, mais aussi HIGONNET, sont frères de la loge,

Pour ce dernier, il s’agit de Joseph HIGONNET, colonel dans les armées napoléoniennes,  qui mourut à Iéna en 1806 et dont le nom figure sur l’arc de triomphe, au titre de son courage exemplaire.

Un autre frère de cette loge porte le nom de  CHABOT.  Il pourrait s’agir de l’Abbé François CHABOT. Personnage connu dans le Rouergue comme vecteur des idées révolutionnaires, ces activités  néfastes se manifesteront à Rodez, mais aussi dans la région de la vallée du Lot, autour de Saint- Geniez, et laisse encore aujourd’hui des souvenirs terribles pour certaines familles.

« Au début de la Révolution, une loge maçonnique fait même son apparition, réunissant autour de François CHABOT, les principaux négociants de la ville, preuve de l’introduction du scepticisme religieux. » (3)

A n’en pas douter, RAYNAL baigne dans un milieu où franc-maçonnerie rime avec valeur des idées et remise en cause du système établi. On peut imaginer que Raynal a du visiter cette loge, qui comptait autant de frères appartenant à sa famille, et implantée dans une ville qu’il connaissait bien.  Il semble ne pas avoir été initié dans cet atelier.

Pourtant, c’est une première raison qui milite pour son appartenance. Elle s’appuie sur une sensibilité pour ces lieux de réflexion, dont RAYNAL ne se départira pas.

Quand il arrive à Paris, son réseau local de négociants lui permet rapidement d’être en contact avec le milieu bourgeois et une noblesse attentive aux idées que véhiculent les encyclopédistes.

Car, Saint- Geniez d’Olt est une ville connue pour son activité « industrieuse ». C’est une période économique de transition. Avant les grandes évolutions industrielles du XIXème siècle, les  villes qui produisent des textiles ont un rôle important et leurs édiles sont écoutés en province et à Paris. Rien d’étonnant à la présence de loges.    

RAYNAL, appuyé sur de telles recommandations, sera, selon toute vraisemblance, membre de la loge « Les neuf sœurs ».

Fondée en 1776, celle-ci a une influence particulière dans l’organisation du soutien français à la révolution américaine.

L’abbé y aurait eu un poste d’orateur. Il est vrai que malgré son parler « comme un abbé rouergat avec un accent de tous les diables », il sait apporter la contradiction et des sujets comme l’esclavage, mais aussi son éclectisme, font merveille et passionne l’auditoire. Il passe facilement d’une théorie économique, avec des positions pré-keynésiennes, « équilibre entre intervention de l’Etat et libre esprit d’entreprise » (4), à des descriptions ethnographiques, qui anticipent sur les théories anthropologiques du XXème siècle.

Dans cette loge, il a l’occasion de connaître Benjamin FRANKLIN, qui en sera vénérable maître. Ils ont ensemble des discussions animées sur la véracité des faits que rapporte RAYNAL dans son ouvrage.

Mais, dans tous les cas, et à n’en pas douter, l’abbé fut un promoteur efficace de la cause américaine.

Cette cause américaine semble être le fil conducteur entre RAYNAL et le marquis de LAFAYETTE.

Ce dernier entre à 18 ans en maçonnerie, et « il doit son éducation à RAYNAL, son véritable mentor, lui-même franc-maçon de la loge « les neuf sœurs » (5).

L’intérêt de LA FAYETTE pour cette cause des « insurgés », naît-elle après les commentaires de l’Abbé à travers son histoire philosophique ? C’est probable. On peut imaginer que cette opinion se renforça à travers des discussions maçonniques.

Toutefois, aucun écrit n’atteste véritablement un parrainage de RAYNAL, en tant que membre de la loge « les neuf sœurs ».

Cependant, leurs rencontres, à des tenues de  loges, semblent plus que probables, et malgré la différence d’âges, les commentaires de RAYNAL durent être utiles au marquis dans son aventure américaine.

C’est une seconde raison qui suggère son appartenance à la franc-maçonnerie.

A l’issue d’une vie bien remplie, cet encyclopédiste aurait dû voir dans la Révolution française, l’apogée de sa vie. Il n’en est rien. Encensé par les élus de l’Assemblée Nationale pour ses pamphlets sur la royauté,  mais, de retour à Paris en 1794, il les déçoit par une lettre qu’il leur adresse, les incitant à plus de modération dans leurs actions.

« ...j’ai parlé aux rois de leurs devoirs, souffrez qu’aujourd’hui je parle au peuple de ses erreurs... » 

Cette analyse est prise comme un signe de faiblesse. Il est rejeté et ne doit sa vie sauve que grâce à ses relations et un « âge avancé ».

Pourtant, son travail, et surtout sa promotion à travers l’Europe, fut une magnifique propagande pour les idées nouvelles. Bonaparte, officier militaire, de passage à Marseille, le rencontre pour lui  demander un soutien dans son projet d’écrire une histoire de la Corse. « Pendant la campagne d’Egypte, Bonaparte a, comme livre de chevet, l’ouvrage de RAYNAL. » (2)

Ces deux exemples confirment  qu’il a été un homme de son temps et que ses écrits ont eu un impact sur les futurs décideurs de son époque.

Ce dernier argument plaide pour une réhabilitation de sa pensée, et surtout, pour admettre par ce faisceau de présomptions, que l’Abbé RAYNAL a été franc-maçon.

Il a été, à double titre, d’abord par la fréquentation des ateliers, dont deux, sont à peu prés connus où sa parole fut entendue et sûrement, commentée ; ensuite,  par sa manière humaniste d’aborder les sujets de façon transparente dans les salons en France ou à l’étranger pendant ses périodes d’exil.    

Cette démarche, somme toute très moderne,  incite à s’en inspirer pour aborder les problèmes de nos sociétés.

Il n’hésitera pas, malgré la pression de sa hiérarchie ecclésiastique, à avoir un positionnement favorable au protestantisme, ou à défendre les intérêts de gens du peuple.

Cette verdeur d’esprit, il la garde jusqu’à la fin de sa vie, grâce à un « génie » du dialogue. Son élection comme membre de l’Institut national en 1795, sera une faible récompense de sa contribution.

L’abbé RAYNAL  a apporté une approche nouvelle de l’universalité. Il la doit, sans nul doute, à une origine de petite noblesse, qui très tôt s’est investie dans l’ « industrie », conscient d’une première forme de mondialisation, à une condition d’abbé où il avait mesuré les qualités et les excès d’une époque et à une pratique maçonnique.

Il décède le 6 mars 1796, à Passy, non sans avoir réparti son bien de son vivant...en bon aveyronnais



BIBLIOGRAPHIE



(1)Gilles BANCAREL

« Raynal ou le devoir de vérité »

Editions Honoré Champion

Paris 2004



Gilles BANCAREL

Guillaume-thomas RAYNAL, enfant du Rouergue

In Revue du Rouergue

N°49 Printemps 1997



(2)Claude FOHLEN

Conférence : « Raynal, Paine et la révolution américaine »

conférence américaine Georgetown

30 avril-2 mai 1989



(3) Claude PETIT

« Saint -Geniez d’Olt : du grand siècle au siècle des lumières »

In Revue du Rouergue

N°49 Printemps 1997



(4) Yves TERRADES

« Aspects idéologiques et philosophies du mythe des régimes dans l’histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes »

In Revue du Rouergue

N°49 Printemps 1997



(5) François HAGNERE

Site internet : rochefort-usa-friendship-blogspot .com



REFERENCE



Société d’études Guillaume-Thomas RAYNAL

1 rue Jacques et Gabriel AZAIS 34500 BEZIERS











 






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